madmike
PARIS, Francia99%
Le parc national du Taman Negara a été créé alors que la Malaisie était encore colonie de la couronne britannique, et ce parc, initialement baptisé Parc du roi George V, s étend sur plus de quatre mille kilomètres carrés, au sein desquels est protégée la plus ancienne forêt tropicale de la terre, remontant paraît-il à 130 millions d années, soit du temps des dinosaures, même si elle a certainement quelque peu évolué depuis.
Le parc est accessible soit dans le cadre de randonnées extrêmes, style trek de neuf jours jusqu au plus haut sommet de la péninsule malaise, ce qui sous un climat équatorial relève probablement du sport de haut niveau, soit plus raisonnablement dans le cadre d excursions d une demi-journée autour du bureau central du parc, et du Mutiara Teman Negara Lodge contigu, excursions qui sont alors accessibles à toute personne sous réserve d être en bonne forme (précision d importance que ne signalent point les guides et les voyagistes, et j ai croisé quelques excursionnistes âgés à la limite de la détresse physique).
La visite du parc sous cette forme nécessite deux ou trois jours sur place, ce qui permet de l insérer dans un programme plus complet de visite de la Malaisie, et commence en général, compte tenu de l arrivée tardive après un long transfert depuis Kuala Lumpur, par une promenade nocturne, avant d enchaîner au gré des disponibilités ou des humeurs les autres visites (sous réserve qu une pluie tropicale intense ne vienne point perturber le programme !).
La marche de nuit nécessite une bonne torche, et de bons yeux.
Cette excursion nocturne est ici baptisée Nite Walk, en suivant la graphie américaine, et elle se pratique après le repas du soir, de préférence accompagné, non pas tant en raison d un quelconque risque que de la nécessité d une bonne connaissance des lieux pour repérer avec une facilité déconcertante la moindre trace de vie.
Les oiseaux dorment, et l on s amuse d en surprendre ainsi quelques uns dans le faisceau de la torche, tandis qu un serpent vert et jaune, une vipère venimeuse, est paresseusement lové autour d une branche, mais l essentiel des rencontres seront des insectes ou des arachnoïdes. L araignée chasseresse présente ainsi la particularité de ne pas tisser de toile, car elle fait confiance à son venin pour capturer sa pitance, tandis qu un scorpion se promène le long d un tronc d arbre. Les phasmes, ces insectes mimétiques des plantes, se confondent avec le décor végétal, pendant que des mantes à peine moins dissimulées guettent leurs proies et que des papillons nocturnes dévoilent leurs silhouettes massives.
La sortie n est pas très spectaculaire, puisque l essentiel des rencontres sont de petite taille, et les photographies ne sont point aisées en raison de la faible taille des sujets et de l éclairement tout aussi faible, mais c est une promenade amusante, et l occasion de voir quelques hôtes humbles de la forêt équatoriale.
Le trek vers la colline de Teresik est le classique du coin, mais il se révèle assez physique.
Le trajet est pourtant assez mineur a priori, 2 kilomètres de distance et 270 mètres de dénivelée l aller (et autant pour le retour, mais en descente), mais ce qui pourrait n être qu un simple décrassage sous d autres cieux devient ici nettement plus difficile en raison du terrain et du climat.
L ambiance est en effet d une constante moiteur, au point que lunettes et objectifs s embuent rapidement, et l on a vite fait de se retrouver trempé de sueur au cours de l ascension, alors que le chemin aménagé dans la jungle n est qu une sorte d escalier artisanal taillé dans la terre glaise retenue par les racines entrelacées des arbres et lianes, autant dire que la grimpette se sent passer et que l on arrive au sommet avec un certain soulagement.
Deux belvédères y sont aménagés, permettant d apprécier le panorama, l on ne voit que la forêt qui verdoie à perte de vues, et paraît-il dans les bons jours quelques sommets lointains, mais cela suppose que le ciel soit un peu plus dégagé que lorsque j y étais, la rivière chargée de terre brune se distingue au fond de la vallée
Le retour est un peu plus aisé, un escalier de plastique ayant été installé sur un autre chemin, assez délicat cependant en raison de la hauteur des marches et de leur caractère parfois un peu instable, mais cela évite de s aventurer dans ce sens sur le chemin glissant de l allée qui en descente doit être franchement sport.
La marche dans la canopée est amusante.
Les panneaux l annoncent depuis le Mutiara Taman Negara Resort, afin que l on ne puisse la manquer, et l endroit est payant lorsqu il n est pas inclus dans la package, une somme assez modérée d ailleurs (5 ringgits soit 7,20 francs ou 1,10 euros pour les adultes, et 3 ringgits soit 4,30 francs ou 0,66 euros pour les enfants) il est à noter que le Canopy Walk n est ouvert que jusqu à 14h00 ou 15h00 suivant les jours.
L on accède alors à une succession de six passerelles suspendues, une sorte de pont de liane modernisé, avec des planches sur lesquelles marcher et un système de rambarde en filets et corde qui permet de s assurer et de d être protégé de toute chute, mais point en ce qui me concerne d une fourmi vindicative qui me fit savoir de façon piquante qu elle n appréciait point la présence de ma main sur le garde-fou !
La promenade permet de passer au milieu des futaies, l on se rend acompte alors de la hauteur des troncs, qui poussent sur des dizaines de mètres pour mieux gagner la lumière au détriment des autres espèces, et l on est très nettement au-dessus du sol, mais également la plupart du temps très au-dessous des cimes les plus hautes, l on voit également sur la partie la plus dégagée le panorama sur la vallée.
C est franchement amusant, l équilibre un peu instable de la passerelle ayant un côté largement fun, et cela prend vite un côté manège , mais le côté vision n est pas extraordinaire, pas de faune en particulier, seulement la vision un peu décalée de la forêt
Les chutes de Berkoh usurpent un peu leur nom.
La traduction du malais est peut-être un peu faussée, mais baptiser Berkoh Falls ou cascades de Berkoh ce qui ne constitue somme toute qu un petite ensemble de rapides, où le dénivelé de l eau ne doit pas dépasser le mètre, témoigne d une certaine hyperbole, et là je me sens un peu carotté, j ai vu les chutes du Niagara ou du Zambèze, et même d autres plus mineures telles celles de Rochester à l île Maurice, autant dire que je suis un peu désappointé à la vue de ces chutes, les chutes du Negara ne valent pas celles du Niagara !
Ceci étant, c est le prétexte à une balade sympathique en pirogue, puisque l on y accède en remontant pendant une trentaine de minutes une petite rivière, bordée d une dense végétation, les arbres finissent par moments par former une véritable voûte, se rejoignant presque d une rive à l autre, en une véritable cathédrale végétale, le cours de la rivière est peu fréquenté, et pour une fois l on se croirait seul au monde, comme les premiers qui durent découvrir l endroit.
Les chutes elles-mêmes sont un lieu de baignade, en tout cas pour de bons nageurs, le courant en contrebas des rapides est assez fort, mais l eau vive assure une bonne profondeur permettant de plonger (en regardant bien où cependant, il y a un rocher traître dissimulé dans les eaux sombres) et le courant énergique donne l occasion aux amateurs de nage de s exercer
La grotte aux chauves-souris s avère pittoresque.
Elle se trouve à environ 1 km à l intérieur des terres après avoir rejoint le point de départ en bateau, une marche sans trop de difficulté, même si le sentier est comme d habitude taillé dans la forêt et parsemé de racines affleurantes, voire coupé de troncs abattus par les dernières tempêtes. Le faible dénivelé rend quand même le trajet assez facile, nonobstant la terre glaiseuse, et c est l occasion de voir une armée de termites défilant sur des racines en ramenant leur butin vers leur termitière, ou de s arrêter devant un arbre gigantesque, d une espèce dont les plus grands dépassent les quatre-vingt mètres.
La grotte est ici un peu pompeusement nommée, l on est loin des salles gigantesques de nos grottes européennes, plutôt dans un réseau de petite cavités auxquelles on accède assez difficilement, en se faufilant plutôt mal que bien dans des passages étroits, à la limite de la spéléologie parfois, la seule aide est une corde parfois disposée pour se raccrocher, et il n y a aucun éclairage autre que les lampes amenées, autant dire qu ici le panneau Enter at your own risk (Entrez à vos risques et périls) prend là tout son sens, et dépasse la simple précaution d usage !
Le spectacle vaut néanmoins le détour, puisqu une colonie de chauves-souris a élu domicile ici, et la faible taille des cavités permet d être très proches des étranges mammifères, de voir palpiter leurs narines ou se déployer leurs ailes membraneuses, et, à part bien évidemment dans un zoo, il est difficile de voir des chauves-souris dans de meilleures conditions ! L endroit n est évidemment pas très confortable, puisque l on se cale comme l on peut entre deux pierres, en évitant les plus constellées de déjections de chauves-souris, et en oubliant l odeur un peu désagréable, mais le spectacle est suffisamment insolite pour que l on passe sur ces menus inconvénients.
L on peut en revenant s arrêter en un petit village aborigène, mais la visite de ces orang asli , comme les appellent les malais, est limitée, l on regarde une femme fabriquer des dards de sarbacane, jette un coup d œil aux habitations, c est tout
Le sentier vers le Lubok Simpon est aisé.
Il longe une rivière affluente, celle qui descend des chutes de Berkoh, et a été aménagé à coup de passerelles de planches, ce qui en fait certainement le plus aisé de toute la forêt, c est l occasion de s y promener facilement, et d admirer la variété des arbres, voire de chercher quelques animaux, hélas bien discrets. Un iguane a eu le bon goût de déployer sa silhouette préhistorique à portée de téléobjectif, mais pour le reste, à part quelques oiseaux bien furtifs et une chenille d un rouge spectaculaire, la chasse photographique ne fut guère fructueuse.
Le Lubok Simpon lui-même est la plage, en tout cas la seule recensée dans le coin, mais elle n est pas franchement le summum du balnéaire, une mince langue de sable ocre, de l eau qui ne dépasse pas le genou et semble un peu terreuse, sauf à se risquer en plein milieu de la rivière, et risquer alors de croiser d un peu trop près les pirogues qui reviennent des cascades de Berkoh, bref, à part se rafraîchir un peu dans cette moiteur tropicale, mieux vaut oublier bien vite cette plage sans intérêt !
Le sentier continue ensuite en parallèle à la rivière, plus sauvage, et donc plus physique, mais, à part un pont suspendu assez spectaculaire par ses oscillations il n offre pas énormément d intérêt
Le parc du Taman Negara est essentiellement forestier.
La faune y est fort discrète, les éléphants d Asie qui y séjournent ne se montrent pas sauf par de rares bouses, les tapirs et félins semblent à la limite du légendaire, et, à part les chauves-souris de la grotte aux chauves-souris, l on n y verra que quelques oiseaux, ainsi éventuellement que quelques créatures malvenues style moustique ou sangsues.
Le paysage est spectaculaire, avec cette zone entièrement verte peuplée d innombrables espèces d arbres, et les promenades ou treks dans le coin valent cependant le coup d œil, même si cela nécessite une bonne forme physique en raison de la rudesse du climat chaud et humide et du caractère très sommaire de la plupart des aménagements.
Le parc reste cependant un peu décevant au regard des grands parcs africains, d une part en raison de la faiblesse de la faune, d autre part en raison de la concentration des touristes sur les rares sites aménagés, et il est à mon sens plus à voir comme une parenthèse nature dans un voyage en Malaisie que comme une destination essentielle
Note : 7/10
- Parc National du Taman Negara
- à 6 heures de Kuala Lumpur (3 heures de voiture + 3 heures de bateau)
- permis d entrée (1 ringgit / personne, soit 1,45 francs ou 0,22 euros) et de photographie (5 ringgits / personne, soit 7,25 francs ou 1,10 euros) obligatoires (les contrôles sont rares, mais les sanctions lourdes)
- logement possibles en lodges dans le parc (notamment le Mutiara Taman Negara) ou sur des sites de campings autorisés, ou en hôtels simples en face de l entrée principale du parc